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Septième art sous le ciel du Cantal

Le dernier film de Bertand Tavernier, "La Princesse de Montpensier", tourné dans le Cantal, est en lice pour la Palme d'or au festival de Cannes.

Septième art sous le ciel du Cantal

Rien ne vaut une bonne reconstitution pour se faire une idée de ce qu’était la vie en d’autres temps. Comme de simuler une bataille au corps à corps dans la boue d’une prairie hautement éloignée du niveau de la mer par un petit matin de novembre.

Dans la France de la seconde moitié du XVIe siècle, les guerres de religion font rage. Pendant quarante années, les clans qui administrent une France féodale et idolâtre s’affrontent, entraînant sur le champ de batailles des princes tout juste sortis de l’adolescence. Ces événements sont la toile de fond du film que tourne en ce moment Bertrand Tavernier. D’où les affrontements en pourpoint de figurants grelottants - encore leur a-t-on subrepticement doublé les chaussons de néoprène - aux confins du Cantal et de l’Aveyron.

Le scénario est inspiré par l’Histoire de la princesse de Montpensier, roman bref écrit par Madame de Lafayette un siècle après les événements qui en font le contexte. C’est le récit des émois amoureux d’une jeune fille de haute naissance, et des fièvres qu’elle suscite chez les hommes de son entourage. « Une nouvelle forte et belle, explique le cinéaste, une magnifique histoire d’amour et un beau portrait de femme. » Qui décrit aussi le carcan dans lequel sont tenues les femmes à la cour, et le sort malheureux réservé à celle qui ne se contenterait pas de l’homme auquel on l’a mariée. « Mme de Lafayette écrivait des livres à thèse contre l’amour, résume Bertrand Tavernier en précisant : on a gardé les sentiments et laissé le moralisme. »

Madame de Lafayette nous voilà

Faut-il soupçonner chez le cinéaste le désir de donner sa revanche à une littérature qui de nos jours n’est pas très en cour à l’élysée ? « Rien à voir, coupe sèchement Tavernier. Les remarques de Sarkozy à propos de La Princesse de Clèves étaient des conneries qu’il essaie d’ailleurs de faire oublier en parlant de tout ce qu’il lit… Bientôt, il aura trop lu de livres… Mais on ne monte pas un projet qui occupe deux ans de sa vie à cause de déclarations comme ça, qui ne sont qu’un épiphénomène. » Il voit probablement plus loin que les frontières étroites de la France lorsqu’il ajoute que « cette histoire, avec l’ambiance d’intolérance et de haine religieuse qu’elle décrit, est très actuelle. »

Pour le spectateur du XXIe siècle, le scénariste Jean Cosmos a adapté, « dans l’esprit de Rostand » souligne Tavernier, la langue belle et limpide de Madame de Lafayette (1). Ceux qui ont de l’inclination pour le verbe chantourné devraient donc s’y retrouver. Et s’ils goûtent les films de cape et d’épée, seront comblés car on n’a pas fait l’impasse sur les scènes de bataille. C’est pour celles-ci que le réalisateur souhaitait « des paysages lyriques, immenses, avec des côtés westerniens. J’ai trouvé ici (en Haute-Auvergne), explique-t-il, les plans de nature frappants dont j’avais besoin. »

Il était déjà passé par le Cantal, au Falgoux, il y a cinq ans, pour les besoins de Holy Lola. Cette fois, il aura tourné au château de Messilhac, une ancienne forteresse très remaniée au XVIe siècle, remarquable vestige d’architecture Renaissance du département, puis à Chaudes-Aigues, Mur-de-Barrez, Saint-Hippolyte, dans des paysages « sans pylône électrique ou maison contemporaine ».


(1) Le duc de Guise en pinçait pour Marie de Mézières lorsque tous les deux étaient enfants. Des années plus tard, elle est mariée au Prince de Montpensier, mais il lui dit :

« Je vais vous surprendre, Madame, et vous déplaire en vous apprenant que j’ai toujours conservé cette passion qui vous a été connue autrefois, et qu’elle est si fort augmentée, en vous revoyant, que votre sévérité, la haine de M. le prince de Montpensier et la concurrence du premier prince du royaume ne sauraient lui ôter un moment de sa violence. Il aurait été plus respectueux de vous la faire connaître par mes actions que par mes paroles, mais, madame, mes actions l’auraient apprise à d’autres aussi bien qu’à vous, et je veux que vous sachiez seule que je suis assez hardi pour vous adorer. »
« Une autre façon de dire cash à une « caille » qu’on la « kiffe » toujours… »

- La princesse de Montpensier est annoncé sur les écrans pour le second semestre 2010.

- Histoire de la princesse de Montpensier, de Madame de Lafayette, est édité chez Gallimard, en Folio, avec d’autres nouvelles.

De l'Auvergne à la Croisette

L'information est tombée jeudi 15 avril en soirée : La princesse de Montpensier fera partie de la sélection officielle du Festival de Cannes 2010. En lice pour la Palme d'or, le film sera diffusé dimanche 16 mai.

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23, 2009
 

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