Art en Frac

Depuis près de trente ans, le Fonds régional d’art contemporain (Frac) Auvergne porte le flambeau de l’art contemporain dans la région. Il y a peu de temps encore locataire d’un espace qui, sans être dénué de vertus, manquait singulièrement de visibilité, il déménage pour intégrer des locaux situés à la croisée des chemins.

Art en Frac

Enfin, le Frac Auvergne accédera à la visibilité qui lui faisait défaut. Les anciennes écuries de Chazerat, son QG jusqu’alors, devront se trouver d’autres usages : de nouveaux locaux, en vue du chevet de la cathédrale, accueillent cette association créée à l’initiative de l’État et de la Région Auvergne il y a vingt-cinq ans. Le Frac dispose ainsi d’une base arrière sur mesure pour se consacrer à ses trois missions : constituer une collection d’art contemporain, la montrer et sensibiliser les publics à la création actuelle.

L’art et la manière

Les œuvres réunies par le Frac sont promises au voyage, puisque son objectif est de les montrer. De toute l’Auvergne, musées, municipalités et espaces publics se manifestent pour solliciter des prêts. Chaque année, le Frac est ainsi à l’origine d’une vingtaine d’expositions représentant 500 mouvements d’œuvres.

Pour faire partager dans les meilleures conditions un art contemporain parfois déconcertant et éviter les déconvenues, ses animateurs suivent quelques principes. « On doit absolument éviter, explique Jean-Charles Vergne, directeur du Frac, de provoquer chez le public des réactions telles que “Je n’y comprends rien” ou “Je suis capable d’en faire autant” et, finalement, “Ça confirme bien tout le mal que je pensais de l’art contemporain”. Quand on se rend dans une ville pour la première fois, on fait très simple. À Montluçon, par exemple, où nous allons depuis dix ans, on a commencé par des concepts familiers, le paysage, puis le portrait. Le jour où l’on a montré au public des choses abstraites, ça a marché, parce qu’on lui avait ouvert l’appétit. Mais cela ne fonctionne pas toujours », note-t-il encore en se rappelant douloureusement – c’était il y a longtemps pourtant – une exposition à Aurillac qui avait suscité les sarcasmes des visiteurs.

Pour se prémunir du bide, un collaborateur chargé des publics au Frac produit des outils didactiques à destination des personnes qui recevront le public et qui sont en première ligne. Et au cours de chaque exposition, une conférence est organisée dont le thème est “Qu’est-ce que l’art contemporain ?”

Chaque année, le Frac se porte acquéreur d’une dizaine d’œuvres d’art. Il dispose pour cela d’un budget d’acquisition de 125 000 €. Ces ressources proviennent de la Région et de l’État, mais également du mécénat d’entreprises locales qui désirent associer l’art contemporain à leur image. Celles qui peinent à attirer du personnel en Auvergne espèrent aussi contribuer par ce biais à accroître l’offre culturelle locale et rendre ainsi la région plus désirable. « La culture, résume Jean-Charles Vergne, est aussi facteur d’attractivité économique. » Le Frac possède aujourd’hui quelque 400 œuvres, des années 60 à nos jours, les deux dernières décennies étant particulièrement représentées. Une collection estimée à 12 M€, trois fois ce qu’elle a coûté à l’achat.

Ces œuvres, biens publics, ne seront jamais livrées au marché, mais c’est toujours une petite satisfaction pour l’équipe du Frac et la commission d’achat qui proposent les acquisitions ainsi que pour le Conseil d’administration qui délie les cordons de la bourse de constater qu’ils ont eu du nez. Ceux-ci ont été particulièrement inspirés en achetant une spectaculaire sculpture de Paolo Grassino et, surtout, ce rutilant portrait par le Chinois Yan Pei-Ming, dont la cote a flambé. Comprenant aussi vidéos et photographies, « c’est, en France, une collection singulière spécialisée dans la peinture et l’image », affirme Jean-Charles Vergne.

Le choc thermique, c’est pas esthétique

Trimbaler les œuvres pour les expositions n’est pas une sinécure : la gestion matérielle et administrative de leur transport accapare les cinq personnes de l’équipe. Il y a même des artistes facétieux qui produisent des installations volumineuses, occupant 100 m2 de surface. Et pas moyen de les plier. « Nous en avons une dans un garde-meuble, glisse le directeur du Frac. Il faut pour la transporter un semi-remorque… Autant vous dire qu’on la montre très peu. » C’est heureusement un cas extrême et rare.

D’autres créations sont encombrantes, mais se démontent. Les artistes les accompagnent d’un plan de démontage-remontage qui parfois laisse une marge d’autonomie au technicien préposé à cette tâche délicate. Mais la plupart des œuvres ont en commun d’être fragiles. Même si on les manipule avec soin, leur déplacement peut les exposer à des variations de température.

Or, lorsque les matériaux qui les composent ne réagissent pas de la même manière aux effets de la chaleur, on risque le choc thermique. « Pour diminuer les risques, on procède avant leur transport, explique Philippe Crousaz, le régisseur, au tamponnage des œuvres. C’est ainsi qu’on nomme leur emballage dans du film de Tyvek, puis du film à bulles qui les protégeront de l’éraflure ainsi que du chaud et froid. » Et lorsque l’objet est vraiment vulnérable ou que la saison l’exige, un fourgon à température régulée est convoqué. Avant leur départ, puis à leur retour, tableaux et sculptures sont, en outre, soumis à un fastidieux examen en lumière rasante pour faire le constat de leur état.

Art contemporain du futur

Le Frac sensibilise également les publics à la création actuelle avec des expositions à domicile. Elles sont l’occasion de faire venir des œuvres et, quelquefois, les artistes qui en sont les auteurs. Les uns et les autres étaient jusqu’alors accueillis dans les anciennes écuries de Chazerat, à l’étroit et à l’écart des chemins touristiques. Dans les vastes locaux situés en pleine lumière à deux pas de la place de la Victoire, ils seront reçus désormais en grand mais toujours avec les même exigences.

« Nous choisissons les artistes avec un critère très égoïste, s’amuse Jean-Charles Vergne. Ce sont ceux avec les œuvres desquels mes collaborateurs et moi avons envie de vivre trois ou quatre mois. Pour faire aimer les créations au public, il faut les apprécier soi-même. » 2003 avait marqué un tournant, lorsque le peintre figuratif belge Luc Tuymans, prestigieuse figure de la scène artistique, était venu peindre sur les murs des écuries une œuvre éphémère.

Après lui, les gens du Frac n’ont manqué d’aucune audace et ont lancé des invitations à de grands noms qu’ils rêvaient d’accrocher à leurs cimaises. Certains d’entre eux – Fabian Marcaccio, Katarina Grosse – ont même reconduit l’idée de l’intervention sur place. La migration du Frac va aussi lui permettre de se tourner vers l’avenir. À partir de 2011, il organisera des ateliers pédagogiques pour la jeunesse. Derrière les vitrines s’installeront pour travailler les artistes en herbe. « Ça fera vivre le Frac, et puis ils nous amèneront leurs parents », se réjouit Jean-Charles Vergne, pas complètement désintéressé…

Demandez le programme !

Deux expositions vont se succéder pour que soit montrée la collection du Frac : Célébration, du 30 janvier au 30 avril, puis Babel, du 28 mai au 29 août.
À partir du 30 septembre, Un corps inattendu devrait marquer les 25 ans d’existence du Frac. Cette exposition est le résultat d’une carte blanche donnée à Jean-Louis Prat. Auvergnat d’origine, l’ancien directeur de la fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence va réunir des œuvres de Picasso, Magritte, Chagall, Bacon, Giacometti, Miro, de Staël, Tapies, de Kooning, Combas… illustrant la représentation du corps dans la seconde moitié du XXe siècle.

Un nouvel espace…

Le nouveau bâtiment du Frac représente une superficie de 1 200 m2 (dont 400 m2 pour les expositions et 500 m2 de réserves). Assez d’espace pour accueillir des “anti-conférences” (la première le 9 février, à 19 h – il faut réserver) et des ateliers destinés aux enfants, à partir de 2011.

Frac Auvergne, 6 rue du Terrail, à Clermont-Ferrand. Tél. : 04 73 31 85 00. E-mail : frac.auvergne@orange.fr.

… et un site Internet

Un site Internet ouvre en même temps que le lieu nouveau. La collection y sera présentée, et on y trouvera des visites virtuelles d’expositions, des fiches pédagogiques pour les enseignants… Adresse : www.fracauvergne.com.

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21, 2010
 

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